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Interview alumni : Hélène LORENZI-HARDOUIN, Directrice Générale Adjointe du groupe LBA

6/8/2021
ENSASE
Interview alumni : Hélène LORENZI-HARDOUIN, Directrice Générale Adjointe du groupe LBA

Bonjour Madame LORENZI-HARDOUIN, quel est votre parcours académique ? 

Mon parcours est relativement atypique, et ce dès le collège en intégrant une classe à horaires aménagés. J’ai donc pu consacrer mes après-midi à la musique - au clavecin - au sein  du conservatoire de Musique de Saint Etienne. Au lycée, j’ai retrouvé un rythme classique pour pouvoir passer un baccalauréat scientifique ainsi que le concours général de philosophie.

En 1992, je fais mon entrée à l’ENSASE tout en poursuivant en parallèle au conservatoire, mon objectif était de passer ma médaille d’or de clavecin. Finalement, j’ai redoublé ma première année, c’était soit de la musique, soit de l'architecture ! Je me suis donc concentrée sur mes études qui se sont très bien passées à l’ENSASE.

En même temps, je suis devenue monitrice au labo d’informatique puisque j’étais très intéressée par la modélisation. Il faut dire qu’à l’époque, c'étaient les prémices ! On commençait à utiliser les premiers logiciels de 3D avec des Macs. 

J’ai passé mon diplôme sur l’aménagement urbain d’un village situé dans la Loire, Briennon. Ce village était en train de se vider de ses commerces et de ses habitants qui partaient habiter vers des pavillons en périphérie. Nous avions travaillé à la fois sur la question de l’aménagement urbain et sur des cahiers des charges architecturaux par parcelle. Nous avons donc proposé des typologies d’habitat qui soient différents du pavillonnaire diffus. L’intervenant extérieur au diplôme était l’architecte bordelais Pierre Lajus, qui a travaillé dans les années 1970 sur les premières maisons innovantes et industrialisées en préfabrication en bois. 

Puis me voilà diplômée en octobre 1999, avec un emploi 15 jours plus tard notamment grâce à mes compétences en informatique ! 

Comment êtes-vous devenue Directrice Générale Adjointe du groupe La Barrière Automatique (LBA) ?

J’ai commencé ma carrière dans une petite agence d’architecture à Vienne, nous étions deux et nous concevions des maisons individuelles ou de petites opérations de logement. Puis je suis partie à Lyon au sein de l’agence CRB architectes qui concevait de gros équipements. Nous avons planché sur l'hôpital Saint Luc Saint Joseph, la Cité internationale, l'aéroport Saint Exupéry, Eurexpo… Je suis restée onze ans dans cette agence puisque j’ai remporté le  concours  de l’extension et de la réhabilitation de l'hôpital de Villefranche. Un projet qui a duré 10 ans et une expérience de vie passionnante. 

Certains gros projets ayant été terminés, l’agence a malheureusement déposé le bilan après avoir été une des agences les plus florissantes de Lyon pendant des dizaines d’années.

Puisque l’aménagement urbain m’intéressait fortement, j’ai décidé de me former à nouveau dans ce domaine. Mon  challenge a été de réaliser un master PRO d’urbanisme à Lyon et à l’ENTPE en seulement un an : le temps de mon congé maternité. Les nuits furent courtes ! Puis j’ai passé en même temps le concours d’ingénieur territorial car mon double diplôme m’avait ouvert cette porte. Ce concours a été très instructif pour moi mais ne m'a pas véritablement servi pour entrer directement dans la fonction publique.

J’ai été embauchée au sein de la Direction immobilière de la Poste, POSTE IMMO,  où j’ai travaillé en maîtrise d’ouvrage pendant 4 ans (entre 2011 et 2015). Pendant ce temps, j’ai créé mon entreprise de conseil et  inventé et conçu un outil de gestion de l’amiante, AMIANTE 360, pour la maîtrise d’œuvre et la maîtrise d’ouvrage  avec une société informatique lyonnaise, Sogelink.

En 2015, j’ai été sollicitée pour reprendre la tête d’une société d’architecture, SANAE, dans le domaine de l’hospitalier. Nous avons bâti la majorité des plus importantes cliniques privées de France qui ont été inaugurées dans les 5 dernières années, notamment la clinique de Nouméa. Mon rôle a été de structurer une agence d’architecture et de mettre en place et diriger une équipe de conception architectes et ingénieurs du groupe d’ingénierie ARTELIA, dans le modèle anglo-saxon.

J’ai dirigé et fait croître SANAE architecture jusqu’en décembre 2019 où je me suis dirigée vers l’activité industrielle et la conception d’obstacles de mobilité.  Cette conception de produits et leur fabrication m'a  rapproché de la conception urbaine de la ville de demain et projeté dans l’industriel, un changement de cap et un nouveau pan d’activité pour moi . 

Que faites-vous aujourd’hui concrètement, quels sont vos projets ? 

Depuis Janvier 2020, je suis directrice générale adjointe de La Barrière Automatique, PME française. Nous fabriquons des objets pour la  mobilité, comme des bornes escamotables et des barrières automatiques. Nous sommes fabricants et produisons des objets de la mobilité de demain avec de grandes métropoles comme celle du Grand Lyon, ou la Mairie de Paris. La Barrière Automatique, c’est 140 personnes avec un chiffre d’affaires de 30 millions. C’est un tout autre domaine, mon rôle de direction est transverse, fait de management, d’organisation et de réflexion prospective. 

Concrètement, nous dessinons des produits et concevons des prototypes avec notre bureau d’études interne. Nous avons créé un concept  innovant,  Security By Design, qui révolutionne l’aspect et les fonctionnalités des obstacles de sécurité urbains. Par exemple, en ce moment nous  travaillons actuellement avec des architectes paysagistes sur de grands projets d’aménagement en France et à l’international pour dessiner avec eux et produire des obstacles de sécurité qui s’intègrent dans la ville, comme des obstacles crashtestés sous forme de bancs .

Et plus tard on fait quoi ? 

Mon activité actuelle est parfaite pour moi.  Je pense sincèrement qu’un architecte peut tout faire, on le voit bien avec le design de produit, de mobilier et pourquoi pas le design de mobilier urbain, c’est dans nos cordes et la conception et la fabrication d’objet est la suite logique de notre capacité à concevoir !

Ce qui est formidable dans les études d’architecture c’est qu’elles nous ont formés à avoir une vision globale. Par exemple, je trouve ça hyper intéressant d’être fabricant car on ne produit pas uniquement des objets selon notre seul cahier des charges mais plutôt en écoutant les besoins  des politiques, des maîtres d’ouvrage,  des architectes et des urbanistes. C’est ma sensibilité et on se rend compte que dans l’histoire de l'architecture, les architectes travaillaient aussi sur la ville sans être urbanistes, et n’avaient pas besoin d’être designer pour travailler sur des objets. 

Un conseil à donner aux jeunes, et moins jeunes, qui cherchent leur chemin ? 

Je pense qu’il faut ouvrir grand ses oreilles : la principale qualité d’un architecte est d’être un chef d’orchestre. Il sait prendre en compte toutes les contraintes et les réunir. Il sait articuler les savoir d’une équipe et les besoins d’un cahier des charges . Nous avons acquis ce savoir-faire lors de nos études en mettant en musique un programme. Pour citer Alvaro Siza, tout au long de notre vie professionnelle d’architectes, nous devons savoir « imaginer l’évidence ». Nous devons vraiment nous appuyer sur le fait de prendre en compte les besoins de chacun pour en faire un projet !