Interview de Hugo Chetot, architecte D.E., enseignant et illustrateur

Interview de Hugo Chetot, architecte D.E., enseignant et illustrateur

Architecte passionné, Hugo Chetot conjugue pédagogie et créativité au quotidien. Diplômé de l'ENSASE en 2021, il enseigne aujourd'hui les arts appliqués tout en développant une activité d'illustrateur. De ses premières maquettes à son projet de bande dessinée, en passant par l'enseignement au lycée Jean-Paul Sartre, il revient sur un parcours riche en réflexions, bifurcations et apprentissages. Un témoignage sincère, inspirant et plein d’énergie.

Pouvez-vous vous présenter, nous parler de votre parcours et de votre évolution professionnelle ?

Je m'appelle Hugo Chetot. Je suis architecte diplômé d’État, enseignant contractuel en section design et métiers d'art, et illustrateur. Mon parcours scolaire a démarré avec un bac arts appliqués, ce qui est ironique car aujourd’hui j’enseigne dans ce domaine. Ensuite, j'ai intégré l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Saint-Étienne (ENSASE) où j'ai obtenu ma licence en quatre ans, ayant redoublé mon premier semestre. Ce délai m’a finalement permis de mieux comprendre ce que je voulais faire.

J'ai ensuite passé une année en Erasmus à Ljubljana, en Slovénie, au sein du studio de l’architecte Maruša Zorec. C’est là que je me suis spécialisé dans les questions de réhabilitation, de transformation et de conservation du patrimoine, notamment en territoire rural. Ce passage a été déterminant. De retour à l'ENSASE, j'ai intégré le studio EaTcAp (Espaces aberrants, Temps de crises, Architectures paradoxales)  pour mon master, un atelier axé sur la recherche en architecture. À l'issue de ce cursus de six ans, j'ai commencé à travailler en agence, d'abord à Lyon chez Farga Architectes, puis chez Lucquets Architectes Associés à Strasbourg.

Dans ces agences de tailles différentes, j'ai touché à des projets très variés : maisons individuelles, logements sociaux, ERP et concours publics. Malheureusement, ma dernière expérience à Strasbourg ne correspondait pas à mes aspirations : recruté pour mes compétences en réhabilitation et paysage, je me suis retrouvé à travailler sur des bâtiments en béton loin de mes convictions architecturales. Conjugué à un management problématique, cela m’a conduit à quitter le monde des agences en janvier 2023. Une décision difficile, mais que je ne regrette pas.

Depuis, je me suis reconverti vers une activité d’illustrateur. Pendant mon projet de fin d’études, j’avais déjà compris que ce qui m’intéressait était la représentation, le dessin, la narration. J’ai donc obtenu le statut d’artiste-auteur et réalisé mes premières commandes. Parallèlement, mes anciens professeurs de la section Arts Appliqués m’ont proposé d’intervenir en classe pour présenter mon parcours d’architecte. De fil en aiguille, j’ai participé à des projets pédagogiques, puis à un remplacement, et aujourd’hui, j’enseigne à plein temps au lycée Jean-Paul Sartre de Bron, dans l’académie de Lyon.

Pourquoi avoir choisi l’ENSASE pour vos études ?

J'avais postulé dans plusieurs écoles d'architecture, dont Lyon, Saint-Étienne, Grenoble et Montpellier. J'ai été accepté partout, mais c'est à Saint-Étienne que j'ai eu le meilleur feeling lors des entretiens. L'école est à taille humaine, dans un quartier agréable, avec une ambiance bienveillante lors du passage des entretiens. Sa petite taille permet une proximité avec les enseignants et les autres étudiants, ce qui m'a beaucoup plu.

Qu'est-ce que l'ENSASE vous a apporté, au-delà des compétences techniques ?

D'abord, une rigueur de travail indispensable. Puis une grande polyvalence : on y apprend l’architecture même si cela reste très vaste bien sûr, mais aussi d’autres compétences essentielles notamment  en graphisme, en mise en page, en composition,en dessin, en réalisations en volume, etc. On touche aussi au travail de différents matériaux comme le bois, le plâtre, la cire ou encore la terre crue. Ce sont des compétences que j’utilise encore aujourd’hui, que ce soit dans l’enseignement ou l’illustration.

Pouvez-vous nous parler de votre activité actuelle ? Avez-vous une journée type ?

J’ai deux casquettes : enseignant et illustrateur. J'enseigne 20 heures par semaine devant les élèves. Le reste du temps est consacré à la préparation de cours, aux réunions pédagogiques et à la conception de projets interdisciplinaires. Nos cours touchent à l’objet, à l’espace, au graphisme, à la mode ou au packaging. Nous travaillons souvent en binôme, ce qui nécessite une bonne coordination.

Le soir, je bascule sur mon activité d'illustrateur : commandes, devis, recherches, dessin... Enseignement et illustration se nourrissent mutuellement. Mes élèves m’inspirent et m’aident à rester à jour sur les tendances ; mon travail artistique, lui, me permet d’apporter un regard pratique en classe.

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer vos deux métiers ?

La rigueur et l’organisation sont essentielles. Mais aussi la curiosité, pour rester à la page dans un monde en constante évolution. Il faut savoir être flexible, travailler en équipe, s'adapter aux élèves, aux projets, aux imprévus. Et surtout : être capable de communiquer, écouter, expliquer. Ce sont des compétences que j’ai développées autant en agence qu’à l’ENSASE.

Avez-vous rencontré des challenges dans votre carrière ?

Côté illustration, le principal défi est d’en vivre. C’est un métier précaire et concurrentiel. Côté enseignement, chaque projet est un challenge en soi : rien ne se passe jamais exactement comme prévu, il faut constamment improviser, ajuster, dialoguer. Mais c’est aussi ce qui rend ce métier passionnant.

Quels sont vos projets pour l'avenir ?

Dans l'enseignement, j’envisage de passer les concours pour devenir titulaire. Côté illustration, j’espère finaliser un dossier d'édition pour une bande dessinée sur laquelle je travaille depuis un an. Ce double projet résume bien mon parcours : entre transmission et création.

Quel conseil donneriez-vous à un étudiant qui entre à l'ENSASE et souhaite faire de l’architecture son métier ?

Prendre soin de sa santé avant tout. Les études sont intenses, mais il ne faut pas se brûler les ailes. Ensuite, ne pas avoir peur de tester, de bifurquer, de chercher ce qui fait sens pour nous dans un contexte mondial difficile. L’architecture est un champ très large, on peut en sortir sans jamais vraiment la quitter. Il existe bien des manières d’en vivre, en agence ou ailleurs. C’est une formation extraordinaire, qui donne de vrais outils pour inventer sa propre voie.

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