Interview de Charlotte Dalverny, architecte et entrepreneure engagée

Interview de Charlotte Dalverny, architecte et entrepreneure engagée

Stéphanoise d'origine et passionnée d'architecture, Charlotte Dalverny incarne une génération d'architectes engagés, créatifs et résilients. Diplômée de l’ENSASE (École nationale supérieure d'architecture de Saint-Étienne) en 2018, elle a construit un parcours marqué par un Erasmus à Madrid, plusieurs expériences en agence, puis la création de sa propre structure. Aujourd'hui à la tête de plusieurs projets et investie dans la profession, elle partage son chemin, ses défis et ses convictions.

Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours académique ainsi que de votre évolution professionnelle ?

Je m'appelle Charlotte Dalverny, j'ai 31 ans et je suis originaire de Saint-Étienne. Mon parcours a commencé avec un baccalauréat littéraire, j'avais déjà un attrait pour l’architecture à cette époque. Certains professeurs me disaient qu’il fallait un bac scientifique pour être architecte, mais ce n'était pas mon fort. C’est un professeur de français qui m’a conseillé de suivre un bac L avec une spécialité mathématiques, ce qui m’a permis d’obtenir un bon dossier.

J’ai ainsi intégré directement l’ENSASE en 2012 où j’ai obtenu ma licence, avant de partir en Erasmus à Madrid. Cette expérience a été une vraie bouffée d’air : j’y ai découvert une approche plus technique et concrète de l’architecture, différente de celle pratiquée en France. De retour en France, j’ai réalisé mon projet de fin d'études axé sur le logement, puis j’ai intégré une agence à Saint-Étienne comme assistante chef de projet.

Assez rapidement, j’ai passé mon HMONP. Je suis ensuite passée par une autre agence de taille similaire, avant que le Covid ne bouleverse mon parcours. En pleine crise, j’ai perdu mon emploi. Ne voulant pas attendre que la conjoncture se redresse, j’ai décidé de créer ma propre société. Ce qui devait être temporaire est devenu pérenne : cela fait maintenant cinq ans que je suis à mon compte. Je me suis associée à une personne spécialiste de l’opérationnel et de l’économie de la construction pour compléter mes compétences.

En parallèle, je suis engagée dans plusieurs structures liées à l’architecture : je suis membre du conseil d’administration de la Maison de l’Architecture de la Loire et également élue à l’Ordre des architectes depuis 2022 et membre de l’office du BTP.

Pourquoi avoir choisi l’ENSASE pour votre formation ?

Cela a été un choix logique. Je sortais du lycée à 17 ans et je ne me voyais pas partir loin de chez moi. J’avais déjà visité l’ENSASE lors de portes ouvertes, et je connaissais bien l’ambiance de l’école. C’est une école plutôt orientée vers l’artistique, ce qui correspondait à mon profil. Contrairement à l'école de Lyon, plus axée sur l’ingénierie, je me sentais bien plus à ma place à Saint-Étienne.

Que vous a apporté l’ENSASE, au-delà des compétences techniques ?

L’ENSASE m’a appris à penser un projet, à comprendre un contexte, à adopter une approche transversale. Cela m’a aussi ouvert l’esprit au monde, à la culture architecturale, à l’histoire constructive. Ce sont des études très exigeantes, qui préparent à la complexité du métier. En somme, l’école m’a bien armée pour affronter les réalités professionnelles du monde contemporain.

En quoi consiste votre métier aujourd’hui ? Avez-vous une journée type ?

Il n’y a pas de journée type, surtout quand on est à la fois architecte et cheffe d’entreprise. Une partie de mes journées est consacrée à la conception, aux réunions de chantier, aux rencontres avec les bureaux d'études. L’autre partie est plus administrative : comptabilité, gestion d’entreprise, communication, recherche de clients... C’est un métier très varié, très riche, et aussi très prenant.

Quelles sont les qualités essentielles pour exercer ce métier ?

Je dirais d’abord les qualités humaines : il faut savoir communiquer, écouter, s’adapter à une grande variété d’interlocuteurs. Ensuite, il faut être créatif, rigoureux, réactif, et très adaptable, notamment sur les chantiers où il faut souvent trouver des solutions en temps réel. Et enfin, il faut être persévérant, car ce n’est pas un métier facile tous les jours.

Quel a été votre plus grand challenge professionnel ?

Sans hésitation, la création de mon entreprise juste après le Covid. On m’a dit que j’étais folle de me lancé dans cette période incertaine, mais c’est tombé au bon moment : les gens avaient besoin de renouveau, de réaménager, agrandir ou optimiser leur lieux de vie. Cela m’a permis de démarrer avec de petits projets. Un autre challenge important a été mon élection à l’Ordre des architectes : je ne pensais pas que cela arriverait si vite, mais j’ai été très bien accueillie.

En quoi consiste votre rôle à l’Ordre des architectes ?

Je représente le département de la Loire au sein du Conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes. Mon rôle est de soutenir mes confrères, organiser des événements, faire le lien avec les élus locaux, et créer du lien entre les architectes. Je fais partie du pôle finance et juridique et j’interviens aussi lors des conciliations entre architectes et clients.

Quel conseil donneriez-vous à un étudiant qui aimerait suivre votre voie ?

Je lui dirais d’apprendre à bien s’entourer. L’architecture est un métier généraliste où il faut savoir collaborer avec d’autres experts. Il faut aussi apprendre à s'écouter : on n’a pas besoin de se tuer à la tâche pour réussir. J’étais contre les charrettes, et je n’en ai jamais fait. Il faut trouver un équilibre entre vie pro et perso, même si ce n’est pas toujours évident. Mais c’est essentiel pour durer dans ce métier passionnant.

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