Interview alumni : Cloé COLLET, architecte et dirigeante de Piseco.

Interview alumni : Cloé COLLET, architecte et dirigeante de Piseco.

Découvrez Cloé COLLET, architecte et dirigeante de Piseco, entreprise spécialisée dans la réhabilitation de bâtiments en pisé. À travers cette interview, elle partage ses missions, la particularité du pisé et ses conseils pour les futurs architectes. 

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m'appelle Cloé COLLET, je suis architecte et dirigeante de la société Piseco. L'entreprise est spécialisée dans la réhabilitation de bâtiments en pisé existant et dans le diagnostic de ce type de bâti. Le pisé est une technique de construction en terre crue. Elle consiste à compacter à l'aide d'un pisoir des couches de terre humide de hauteur régulière. Les éléments en pisé sont porteurs, c'est-à-dire qu'ils supportent les charges mécaniques du bâtiment qui peut parfois faire plusieurs étages. Piseco existe depuis deux ans en tant que société, mais je suis à mon compte depuis cinq ans, d’abord en micro-entreprise. Je suis située dans les Monts du Lyonnais, entre Saint-Étienne et Lyon.

Qu’est-ce qui vous a motivée à devenir entrepreneuse ?

Après une très bonne expérience dans une agence à Berlin, j’étais en quête d’une structure partageant les mêmes convictions. Étant installée à la campagne, je ne me voyais pas faire quotidiennement les allers-retours entre Saint-Étienne et Lyon. L’idée de créer ma propre structure s’est imposée naturellement, faute d'offres correspondant à mes attentes professionnelles et personnelles. J’avais déjà entamé une spécialisation dans la terre crue, notamment le pisé, ce qui a guidé la création de Piseco.

Quelles sont vos principales missions ?

Mon activité se répartit en trois volets :

  1. L’architecture : principalement centrée sur la réhabilitation de bâtis anciens en pisé. J’interviens parfois sur du neuf, mais cela reste marginal.

  2. Le diagnostic de bâtis en pisé : souvent, ces diagnostics débouchent sur des missions d’architecture. Ils peuvent concerner l’achat ou la vente de bâtiments, des sinistres (incendie, effondrement, etc.).

  3. La formation et la sensibilisation : plus ponctuelle, cette activité consiste à former à la problématique du pisé existant, souvent sous forme de stages de plusieurs jours ou de conférences à destination d’élus, d’agences d’architectes...

Pourquoi vous être orientée spécifiquement vers le pisé ?

Dès ma deuxième année à l’ENSASE, j’ai été fascinée par la terre crue dans toutes ses formes. J’ai consacré mon mémoire de licence sur ce sujet, ce qui m’a permis d’approfondir mes connaissances et de m’engager dans cette voie. J’ai ensuite travaillé avec l’association la Voûte Nubienne au Burkina Faso.

Mon stage et mon passage chez Kéré Architecture (prix pritzker 2022) à Berlin m’ont permis d’aborder la conception architecturale en terre crue. J’ai aussi été salariée dans une entreprise de maçonnerie spécialisée dans la réhabilitation de bâtiments en pisé, où j’ai appris concrètement la technique. Enfin, je me suis formée auprès d’un expert auprès des tribunaux spécialisé en bâti en pisé.

Ce matériau est emblématique de ma région, la région Rhône-Alpes-Auvergne. Il est esthétique, local, écologique, et particulièrement adapté aux enjeux contemporains.

Quelles sont, selon vous, les qualités essentielles pour être un bon architecte ?

Il y a autant de manières d’être architecte que d’individus dans la profession. Je ne saurais parler de l’architecture de grande hauteur, par exemple.

Mais pour ce qui concerne la réhabilitation patrimoniale, et notamment le pisé, il faut :

  • Un fort intérêt technique et une volonté constante de se former.

  • Beaucoup d’humilité : l’existant ne se plie pas aux standards, chaque bâtiment est unique.

  • Une grande capacité de dialogue avec les artisans, pour transmettre sans imposer, et faire respecter les exigences techniques du matériau.

  • De la rigueur : une mauvaise intervention sur un bâtiment sinistré peut avoir des conséquences lourdes.

  • Et bien sûr, de la passion, sans laquelle rien n’est possible.

Quels sont les défis que vous rencontrez dans votre métier ?

Les défis techniques sont quotidiens. Le pisé n’a pas de manuel standardisé : il faut réfléchir, s’adapter et se remettre en question à chaque projet.

Il y a aussi un défi plus global : celui d’orienter les maîtres d’ouvrage et les artisans vers des pratiques plus écologiques, tout en tenant compte des réalités économiques. Trouver un équilibre juste entre écologie, économie, santé et durabilité, c’est une tâche difficile mais essentielle.

Pourquoi avez-vous choisi l’ENSASE pour votre formation ?

J’ai pu constater, en comparant avec d’autres écoles d’architecture, que le suivi pédagogique était particulièrement rigoureux. Les enseignants suivaient nos progrès sur plusieurs années, ce qui permettait une réelle continuité dans l’apprentissage. Ce n’était pas seulement une succession de cours indépendants : on sentait une véritable cohérence dans l’approche pédagogique. Le corps enseignant était très impliqué, attentif à notre évolution. C’est une école où l’on apprend véritablement à construire une posture d’architecte, pas seulement à dessiner ou à répondre à un programme. Cela m’a donné une base très solide pour le reste de ma formation. 

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent devenir architectes ?

Je leur dirais qu’il faut rester fidèle à ses convictions, même si cela implique de sortir des sentiers battus. Il est possible de construire un parcours à son image, en phase avec ses valeurs. Il faut de la patience, de la rigueur, mais aussi croire que notre métier peut faire une vraie différence.

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